Coût de fourchette
Le goût a-t-il forcément un coût ?

Sigle BIO

J’essaye de consommer des légumes cultivés localement. Soyons clairs, ça n’est pas facile. D’autant plus en région parisienne où les producteurs désertent les marchés au profit des revendeurs. Je me rends aussi à la Biocoop du coin environ une fois par mois pour y acheter au détail du riz, de la farine, du sucre,  certaines huiles, quelques produits frais comme le tofu, le lait, les oeufs et enfin un ou deux produits d’entretien pour la maison… Rien de systématique chez moi donc. La semaine dernière, j’ai cependant été interpelée par la publication d’un rapport détaillé sur la nourriture biologique par la Food Standards Agency (FSA), l’agence britannique chargée de la sécurité alimentaire.

Selon le quotidien Libération « les chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medecine ont réalisé une méta-analyse, c’est-à-dire une étude d’études publiées au cours des cinquante dernières années. A partir de 52 471 articles sur le sujet, deux chercheurs ont isolé 162 études, dont 137 sur les cultures et 25 sur les produits d’élevage, qu’ils ont épluchées.»  Sur la base d’une critique systématique des études publiées, il n’existe aucune preuve d’une différence de qualité nutritionnelle entre les produits cultivés de manière biologique et ceux cultivés de manière conventionnelle, explique Alan Dangour, l’un des auteurs de l’étude scientifique.

A première vue, il apparait paradoxal et justement peu scientifique de comparer deux champs d’actions de l’agriculture aussi vastes. Surtout s’ils sont aussi diversifiés et complexes. L’agriculture d’aujourd’hui revêt des fonctionnements très différents au sein d’une même filière. Premier bémol.

Le 30 juillet, le quotidien le Figaro publie un article intitulé « les bénéfices du «bio» en question»  et affirme pour conclure : « reste à savoir si les consommateurs vont continuer à payer en moyenne 25 % plus cher (mais parfois beaucoup plus) des produits qui n’apportent pas un plus évident en matière de santé. Et qui n’ont pas forcément meilleur goût» . Mais qui a dit que les produits issus de l’agriculture biologique étaient censés contenir davantage de nutriments et avoir meilleur goût ? Personne à ma connaissance. Une pomme cultivée sans pesticide a un bon goût de pomme et nourrit son homme, point barre. On ne lui demande rien d’autre. Par contre, une pomme cultivée de manière conventionnelle subissant au bas mot 25 traitements avant d’atterrir dans notre réfrigérateur,  a bien, elle aussi, un goût de pomme, mais contient en plus ce que l’on appelle des résidus de pesticides. Lesquels pesticides, insecticides et autres fongicides modifient à la longue la structure des sols et notre environnement. Et pas seulement. Combien existe-t-il d’agriculteurs touchés par des maladies neuro-dégénératives ou des cancers, du fait de l’exposition répétée aux produits de traitement phytosanitaires ?

L’expression « agriculture biologique»  est récente, mais le mode de culture lui est ancestral. Respecter la terre, faire preuve de bon sens et ne pas chercher à augmenter ses rendements à n’importe quel prix… tout cela est vieux comme le monde. Je rencontre régulièrement des producteurs non certifiés qui cultivent selon le bon sens de la culture biologique ; par idéologie parfois, par conviction la plupart du temps. Pour eux, il est évident que l’agriculture intensive conventionnelle est un non sens et apparait comme un mode de culture forcément limité dans le temps.

Le 7 août, le même Figaro nous annonce « qu’après des années de croissance, les ventes de produits bio ont reculé d’environ 4 % depuis le début de l’année, selon la société d’études GFK, qui a mesuré les habitudes de consommation de 30 000 ménages» . C’est ce qui s’appelle en rajouter une louche. Au bénéfice de qui ?