Coût de fourchette
Le goût a-t-il forcément un coût ?

Courses

« Bien se nourrir coûte cher !»  Combien de fois ai-je entendu cette phrase ? Dans un premier temps, ça me rend perplexe. Dans un second, ça aiguise ma curiosité. Sur « Coût de fourchette» , j’indique le coût matières par personne de chaque recette. Mon but ? Connaître le plus précisément possible mon budget alimentaire mensuel. Considérez que ma cuisine est une sorte de mini laboratoire d’expérimentations qui va me permettre de vérifier s’il est possible de bien manger à moindre frais.  Je ne suis qu’au début de l’aventure et  j’ai conscience que je ne suis pas à l’abri de petites surprises dont vous aurez ici même le récit…

Considérant qu’une génération est marquée par les habitudes de vie qu’elle adopte vers l’âge de 25-30 ans, le CREDOC a étiqueté les comportements alimentaires générationnels. Cette catégorisation nous rapelle que l’histoire a inévitablement induit certaines approches culinaires.

1907-1916 : génération pénurie. Ces individus ont eu 25 ans entre 1932 et 1941, période de crise (le krach boursier a touché la France plus tard que les autres pays) et de guerre. Leur comportement se caractérise par la consommation de la pomme de terre. Ayant connu les guerres et les privations, ils lui restent très fidèles.

1917-1926 : génération rationnement. Les individus issus de cette génération ont eu 25 ans entre 1942 et 1951, périodes des rationnements alimentaires en France. Leurs comportements sont assez proches de ceux de la génération «pénurie».

1927-1936 : génération réfrigérateur. Elle regroupe les individus qui ont eu 25 ans entre 1952 et 1961, c’est-à-dire au moment où un nouveau mode de conservation des aliments est apparu, le réfrigérateur, qui va changer les comportements alimentaires en permettant une meilleure conservation des produits.

1937-1946 : génération robot électrique. Elle correspond aux individus qui ont eu 25 ans entre 1962 et 1971 et qui ont à leur tour connu une révolution dans la préparation des repas : l’apparition du robot électrique, qui permet un gain de temps considérable et va contribuer à diminuer le temps de préparation des repas. C’est à partir de cette génération que va se développer la consommation de produits exotiques.

1947-1956 : génération hypermarchés. Les individus appartenant à cette génération ont eu 25 ans entre 1972 et 1981, époque du développement des hypermarchés que cette génération fréquente volontiers. C’est avec cette génération que la durée de préparation des repas s’est mise à diminuer.

1957-1966 : génération livraison à domicile. Les individus appartenant à cette génération ont eu 25 ans entre 1982 et 1991. C’est à cette période qu’ils ont pris l’habitude de consommer des plats achetés préparés, préférant consacrer leur temps libre à d’autres activités que la préparation des repas.

1967-1976 : génération « hard discount ». Elle correspond aux individus qui ont eu 25 ans entre 1992 et 2001. Délaissant les hypermarchés, de plus en plus infidèles aux marques, ces consommateurs, fortement attachés au rapport qualité – prix, se tournent vers les hard discounts. Cette génération marque une rupture dans le respect des horaires des repas. Dans cette génération, 25 % des individus de 30 ans ne dînent pas à heure fixe, alors que pour la génération précédente, au même âge, 20% seulement variaient l’heure du dîner.

Selon l’INSEE, en 2009, les ménages français consacrent 14% de leur budget à l’alimentation contre 20 % en 1960. Au cours de ce demi siècle, le comportement alimentaire a changé en fonction notamment de l’évolution des modes de vie. Jusque là, rien de nouveau. Mais dans sa publication du mois de juin dernier, le CREDOC fait état « d’une baisse des dépenses de consommation alimentaire en volume en 2008. Les Français achèteraient donc moins de produits transformés prêts à consommer, et cette période de crise favoriserait le retour aux fondamentaux, notamment à la cuisine faite maison, plus économique, plus conviviale et plus saine» . La voici la news encourageante même si -dans le même temps- l’alimentation reste considérée comme une variable d’ajustement du budget alors qu’elle répond à un besoin vital.

Alors, concrètement, on dépense combien ? 492,50 euros en moyenne pour un ménage type chaque mois en 2006 (ce chiffre exclu les dépenses alimentaires hors foyer). Les familles obligées de budgétiser de manière drastique leurs dépenses alimentaires sont de plus en plus nombreuses. La faute notamment à la hausse du prix des matières premières (céréales, lait …) qui rentrent dans la composition de nombreux produits (pâtes, pain, produits laitiers…). La faute aussi à l’inertie des distributeurs qui se refusent à répercuter les baisses quand le marché fléchit. Pour essayer d’y voir clair, je compte d’ailleurs aborder prochainement la question des marges réalisées par les distributeurs sur certains produits de grande consommation.

Concrètement, comment faire pour que le budget alimentaire n’explose pas ? Je commence par scruter le contenu de mon caddie. Je consomme des produits moins élaborés ; je privilégie les circuits cours. Enfin, je cuisine encore et encore parce que ça reste le meilleur moyen de faire baisser la note tout en mangeant sainement. N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !